Le magazine 60 millions de consommateurs n’est pas à son premier coup d’essai. En effet, être le magazine de l’Institut National de la Consommation (INC) ne garantit pas pour autant une information digne de toute confiance. En Août 2013, l’INC s’était déjà illustré. Il avait créé la polémique en publiant une enquête dans son magazine 60 millions de consommateurs, sur la présence de substances cancérogènes dans la cigarette électronique. L’article expliquait même que les composés potentiellement cancérogènes étaient parfois en plus grande quantité dans les cigarettes électroniques que dans les cigarettes à base de tabac. Comme toutes les nouvelles chocs, l’article avait été abondamment relayé dans les médias. Mais en y regardant de plus près la pseudo « enquête » du magazine laissait les spécialistes de la question pour le moins sceptiques. En effet, l’INC n’apportait aucun détail sur le protocole scientifique utilisé pour déterminer la présence de substances cancérogènes. De plus, aucuns résultats bruts des mesures réalisées n’étaient disponibles. Pire, l’Institut ne prenait même pas la peine de contredire les publications scientifiques qui montraient des résultats bien différents, comme si ces dernières n’existaient pas.

Il y explique que la « charge contre la cigarette électronique » de l’INC, par l’intermédiaire de 60 millions de consommateurs,  était « idiote dans sa forme, infondée jusqu’à preuve du contraire et dangereuse pour la santé publique. » Dominique Dupagne en profite également pour rappeler qu’il y a un problème de liens d’intérêts entre 60 millions de consommateur et le Ministère des finances. En effet :
L’INC qui édite la revue 60 millions, est subventionné majoritairement par le ministère des finances qui nomme également ses administrateurs. Le Ministère des finances perçoit les taxes sur les ventes de tabac, en baisse en 2013 pour la première fois. Je n’accuse pas les journalistes d’avoir orienté leur travail, je constate simplement un conflit d’intérêt majeur et inacceptable, surtout pour un dossier qui a engagé des dépenses de recherche conséquentes.

Mais visiblement la polémique de l’an dernier n’a pas empêché le magazine de récidiver en proposant cette fois-ci une étude sur les e-liquides le 26 décembre dernier. Il faut croire que l’INC prend goût à s’attaquer à la cigarette électronique. La revue c’est intéressée à l’étiquetage des e-liquides et aux saveurs. Sur le premier point, le magazine souligne qu’il y a une meilleure maîtrise des processus de fabrication, ce qui permet de mieux informer sur la composition du e-liquide, comme la teneur en nicotine, en propylène glycol et en glycérine. Néanmoins, il faudrait selon l’étude revoir la teneur en éthanol et les mises en gardes et contre-indications concernant les mineurs. Mais ce qui inquiète le plus la revue c’est la présence d’arômes de vanille dans la plupart des e-liquides testés.

E-LIQUIDE VANILLE, UNE PASSERELLE VERS L’ADDICTION POUR LES JEUNES ?

Bien que surprenante la question a le mérite d’être posée par le magazine, qui explique avoir retrouvé dans plusieurs e-liquides un arôme artificiel de vanille. C’est le cas notamment de nombreuses recharges au goût tabac. Ce qui fait dire à l’auteur de l’article : « Cet arôme vanille fortement apprécié par les jeunes consommateurs présente un risque de précipiter les jeunes vers de l’addiction« . Alors essayons d’en savoir un peu plus, car il ne suffit pas d’écrire une telle phrase pour en faire une vérité.

Nous avions consacré un article sur le sujet :la cigarette électronique rend-elle les jeunes accros à la nicotine ? Le point de départ de l’article était une enquête réalisée par l’Université de San Francisco sur la cigarette électronique. Près de 40 000 collégiens et lycéens avaient participé à l’étude, qui constatait que 20% des collégiens et 7% des lycéens qui avaient testé la cigarette électronique n’avaient jamais fumé avant. L’enquête montrait que la probabilité que ces jeunes testent ensuite une vraie cigarette était plus élevée que pour ceux qui n’avaient pas testé la e-cigarette. Lauren Dutra, qui a dirigé l’étude, concluait alors que l’e cigarette pouvait agir comme une passerelle vers la dépendance à la nicotine.

Cette interprétation des résultats a ensuite été largement contestée. En effet, selon Bertrand Dautzenberg, pneumologue et président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT),  la proportion de non-fumeurs qui deviennent fumeurs après avoir essayé la e-cigarette est extrêmement faible. Du reste, les jeunes concernés sont « des essayeurs de tout, cannabis, chicha ou cigarettes parfumées« . Il est ainsi compliqué de prouver que sans la cigarette électronique ces jeunes ne se soient pas quand même tournés vers la cigarette et le tabac. De plus, l’article rappelle les travaux de Jean-Pol Tassin, chercheur en neurobiologie à l’Inserm, qui a démontré que la nicotine seule ne crée pas de dépendance. En effet, il faut l’associer à d’autres produits contenus dans la cigarette classique pour qu’une dépendance puisse se développer.

Il est donc exagéré de dire que les jeunes vont se « précipiter » vers une addiction à la nicotine en utilisant l’e-liquide vanille ou les autres recharges aux arômes vanille.